Sagas

En avril 1996, Mercedes-Benz dévoile au Salon de Turin sa nouvelle création : le SLK R170 — un petit roadster deux places qui marque un tournant dans l’histoire récente de la marque. Le sigle SLK signifie “Sportlich, Leicht, Kurz” (sportif, léger, compact), positionnant ce modèle comme une réponse directe à la tendance croissante pour les cabriolets sportifs compacts initiée par des concurrents comme la Mazda MX-5 et la BMW Z3.

La commercialisation commence à l’automne 1996 et l’intérêt du public européen et mondial est immédiat, avec des milliers de commandes dès les premiers mois. A son lancement, Mercedes-Benz misait sur 36 000 exemplaires produits pour la première année, mais ce seront 55 000 exemplaires qui seront vendus sur cette même période, à tel point que les délais d’attente avant livraison pourront atteindre un an et engendrer des spéculations sur les bons de commande.

Les couleurs spéciales du R170.

La stratégie de la marque : créer une nouvelle catégorie chez Mercedes-Benz

Avant l’arrivée du SLK R170, Mercedes-Benz n’avait pas de petite voiture sportive compacte dans sa gamme : les roadsters existants (comme le SL R129) étaient plus grands, lourds et orientés grand tourisme. Le SLK vient combler ce vide en proposant un roadster dynamique, agile, et orienté plaisir de conduite tout en conservant l’image de qualité et de sécurité Mercedes-Benz.

Dès 1992, Dieter Zetsche nouveau responsable développement produit chez Mercedes-Benz prend en main l’élargissement de la gamme avec l’objectif de lancer six nouveaux modèles entre 1996 et 1998 : il s’agira des Classe A, ML, Classe V, CLK, Smart et SLK et le restylage de modèles existants comme les Classes C et S.

Pour Mercedes-Benz, ce lancement du SLK répond aussi au besoin d’atteindre une nouvelle clientèle, notamment des jeunes acheteurs plus sensibles au style et à la dynamique qu’à la seule dimension utilitaire — sans sacrifier l’exigence technologique de la marque.

Avec son long capot, son arrière court et ramassé, le R170 trouve rapidement son public. Jürgen Hubbert, membre du directoire de Mercedes-Benz à l’époque, dira :

« Les modèles SLK, CLK ou classe M ont largement contribué à donner une nouvelle image à Mercedes-Benz ».

Long de 4 mètres et doté d’un coffre de 345 l, le volume descend à 145 l en mode décapoté ; juste de quoi y loger une ou deux petites valises et partir en voyage les cheveux au vent !

 

Genèse du modèle R170 : Les concepts précurseurs

La première étape du développement remonte aux concepts SLK I et SLK II présentés dès 1994, l’un gris, au Salon de Turin en clin d’œil au designer en chef Bruno Sacco (originaire d’Udine) : il s’agit là d’un pur roadster qui ne révèle rien du futur toit rigide ; l’autre bleu, présenté au Salon de Paris en octobre qui cette fois esquisse le design final du modèle de série : un cabriolet compact à toit rigide, équipé d’un mécanisme électrohydraulique de toit rétractable surnommé “Vario-Roof”.

La finalisation du projet se fait après un dépôt de brevet de design en 1993, puis la version de production est révélée au public en avril 1996, là encore au Salon de Turin.

Intérieur du concept gris.

 

Nom et positionnement

Le nom SLK n’est pas un hasard : il évoque une philosophie de conduite — sportif (sportlich), léger (leicht) et compact (kurz). Ce positionnement devient immédiatement le cœur de la communication marketing autour du modèle, souvent résumé par Mercedes-Benz comme « le roadster compact de luxe » qui sera d’ailleurs présenté dans les brochures et publicités lors du lancement commercial comme « les quatre mètres les plus excitants sur quatre roues ».

Architecture et plateforme

Le SLK R170 est basé sur une version raccourcie de la plateforme de la Mercedes-Benz Classe C W202, base technique qui lui confère une excellente qualité de roulage, une tenue de route rigoureuse et une dynamique équilibrée entre confort et performance.

Son empattement de 2400 mm est identique à celui des mythiques Mercedes 190 SL W121 et 300 SL W198 des années 1950 dont il s’inspire notamment avec le double bossage du capot moteur.

La qualité de fabrication du châssis et la rigidité de la carrosserie sont rapidement saluées par la presse spécialisée de l’époque, notamment pour la tenue de route et la sécurité passive.

Dimensions du SLK R170 Phase 1. Le Phase 2 mesure 4,01 m.

 

 

La révolution du Vario-Roof

Le Vario-Roof est l’un des éléments qui ont fait le succès de la SLK R170. Ce toit rigide articulé, électro-hydraulique, peut être ouvert ou fermé en environ 25 secondes — une performance remarquable pour l’époque — et offre le confort d’un coupé ainsi que la liberté d’un cabriolet avec une isolation phonique et thermique supérieure à celle des cabriolets classiques à capote souple.

Le principe du toit rétractable, inventé avant-guerre par Georges Paulin et appliqué par Peugeot sur le modèle 402 Eclipse inspirera le développement du système « variodach » en collaboration avec Porsche Engineering qui aboutira à un toit rigide qui se plie en deux pour venir se loger dans le coffre.

Peugeot 402 Eclipse


Ce toit innovant devient un argument central de la communication commerciale, illustré dans les catalogues et les publicités Mercedes-Benz avec des séquences montrant explicitement la transformation du SLK du mode coupé au mode roadster.

 

Caractéristiques techniques et motorisations

Durant sa carrière commerciale (1996-2004), le SLK R170 propose plusieurs motorisations et versions :

SLK 200 (Phase 1 de 1996 à 2000) : Moteur 4 cylindres atmosphérique 2,0 L — 136 ch.
SLK 200 Kompressor : Moteur 4 cylindres 2,0 L suralimenté par compresseur — 163 ch.
SLK 230 Kompressor : Moteur 4 cylindres 2,3 L suralimenté — 193 ch (Phase 1) ou 197 ch (Phase 2).
SLK 320 : Moteur V6 3,2 L atmosphérique — 218 ch.
SLK 32 AMG : Moteur V6 3,2 L suralimenté, 354 ch.

Ces motorisations offrent une large palette entre usage quotidien confortable et dynamisme sportif affirmé, ce qui explique la diversité des profils clients attirés par la SLK R170.

 

 

Évolution stylistique et facelift de 2000

À l’aube du nouveau millénaire, Mercedes-Benz décide de donner un second souffle au SLK R170 pour maintenir son attractivité face à une concurrence accrue (notamment BMW Z3 et Audi TT Roadster). Ce restylage sera principalement technologique plus qu’esthétique.

Les retouches esthétiques discrètes tendent à donner au modèle un look plus sportif sans dénaturer le design initial :

    • les pare chocs avant et arrière intègrent désormais une lèvre de spoiler,
    • les jupes latérales sont redessinées,
    • les rétroviseurs sont calqués sur les modèles Mercedes-Benz de l’époque avec les rappels de clignotants intégrés (exclusivité de la marque à l’époque),
    • les bas de caisse et poignées de portes reçoivent la même teinte que la carrosserie,
    • la commande d’ouverture du coffre est déplacée,
    • la sortie d’échappement et les antibrouillards sont redessinés pour plus de sportivité.

D’un point de vue technologique, la version 2 L atmosphérique disparait au profit de la version 200 Kompressor, élargissement de la gamme de motorisation avec l’apparition de deux V6, l’un atmosphérique (SLK 320) l’autre suralimenté (SLK 32 AMG), l’ESP est généralisé de série, mais c’est au niveau structurel qu’interviennent les plus gros changements avec la rigidification des longerons, plancher et cloison pare-feu pour répondre aux nouveaux standards NCAP, l’ajout d’absorbeurs de chocs et de renforts supplémentaires sur la ceinture de caisse.

Côté conduite, la course des ressorts de suspension est réduite de 5 mm pour abaisser la garde au sol, une barre stabilisatrice est rajoutée à l’arrière tandis que celle déjà présente à l’avant est renforcée.

Ce restylage, parfois considéré comme « la vraie deuxième génération technique du R170 », améliore nettement l’attrait du modèle et prolonge sa carrière jusqu’en 2004.

SLK R170 Phase 2.
SLK 32 AMG
Habitacle du SLK 32 AMG.
SLK 320 R170.
Intérieur SLK 320 R170.


Production totale et chiffres de vente

De 1996 à 2004, 311 200 exemplaires du R170 ont été produits. A titre de comparaison, de 1996 à 2002, le BMW Z3 a été produit à 297 000 exemplaires. L’indétrônable Mazda MX5 (la version NB) a été produite à 530 000 exemplaires de 1998 à 2005.

– SLK 200 / 200K ~111 000
– SLK 230 Kompressor ~165 000
– SLK 320 V6 ~33 000
– SLK 32 AMG ~4 333


Ces chiffres confirment le succès commercial du modèle à l’échelle mondiale — un véritable best-seller parmi les roadsters premium de la fin des années 90/début des années 2000.

À sa sortie et tout au long de sa carrière, le SLK R170 est largement commenté dans la presse automobile : salué pour son toit innovant et sa polyvalence, mis en avant comme une référence de design dans sa catégorie.

Le Mercedes-Benz SLK R170, trente ans après sa présentation, conserve une place singulière dans l’histoire de Mercedes-Benz et des roadsters européens :

– Il a popularisé le concept de toit rigide rétractable à une échelle commerciale.
– Il a combiné technologie, plaisir de conduite et confort dans un format compact.
– Il a ouvert la voie à des séries spéciales recherchées aujourd’hui (Special Edition, Final Edition).
– Il reste un sujet de collection passionné, avec une communauté active et un intérêt croissant pour les exemplaires bien conservés.

Auteur de l’article : Nicolas Pech.

Photos : Mercedes Media

Commentaires

  1. Merci Nicolas pour ce bel article. Beau travail d’écriture et d’illustration. Bravo 👏👏

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